Le programme de la journée est chargé. Nous levons donc l’ancre vers 7 heures 30 pour une courte navigation nous amenant à proximité relative d’un îlet de sable blanc de carte postale du désagréable nom de Morpion, qui jouxte presque un plus petit du nom de Pinèse.
Le temps est venté et le mouillage sur hauts-fonds entre les cayes est particulièrement rouleur. Je décide de rester à bord tandis que le reste de l’équipage part en annexe sur Morpion. C’est après deux heures d’attente que je les vois revenir, tractés par un pêcheur du cru. Ils sont transis. Le sympathique pêcheur nous indique qu’une dépression tropicale s’approche de l’arc antillais et qu’elle le touchera d’ici à jeudi prochain. Devant ma tête manifestement inquiète, il réitère ses propos : pas avant mercredi ou jeudi !
Après quelques ti-punch au rhum martiniquais, nous repartons vers Palm-Island, îlet dédié au tourisme friqué et ne comportant qu’un seul hôtel.
L’atteindre aura provoqué en moi quelques émotions. Alors que je voulais me mettre en travers du vent après avoir hissé la grand-voile, je n’arrive plus à manier la barre : elle est coincée ! Je regarde dans les coffres arrière si rien ne vient bloquer le système mécanique de la barre ; je fais regarder dans l’eau si rien ne s’est pris dans les safrans ! Rien ne semble à première vue entraver le bon fonctionnement de la barre et des safrans! C’est quoi alors ? Et puis d’un coup, une voix féminine qui pose la question fatale : on serait pas en pilote automatique ? Eh oui, c’était bien ça ! Pour aider à hisser la voile au pied de mat, j’ai probablement enclenché le pilote automatique et j’ai oublié que je l’avais fait.
Toute honte bue, nous repartons tranquillement vers Palm-Island pour une courte escale, avant de rejoindre un peu plus tard Mayreau et son Salt Whistle Bay, étape quasiment obligatoire pour certains croisiéristes des Grenadines, puisqu’il y a un bar rasta. Fermé, nous n’avons plus qu’à apprécier le paysage superbe de l’anse qui nous enserre.
Yann Le Moignic, invité du Blog de la Mer. Photo : Olivier Tillieut
NB : Yann nous livre son témoignage de jeune skipper lors d’une croisière de 15 jours entre la Guadeloupe et les Grenadines (cf. Catégories / Journal d’un skipper amateur). Pour suivre le fil du récit, lisez d’abord les notes les plus anciennes.
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