« 9 et ½ » : les mots que j’entends pour me réveiller, alors qu’il est 5 h 30 et que nous longeons les côtes de la Guadeloupe. 9 miles et demi parcourus dans la dernière heure. Le vent a soufflé toute la nuit et nous avons dû prendre un deuxième ris rapidement. En pleine nuit et dans la mer remuante, j’ai préféré me rendre tout seul et bien harnaché au pied de mât pour exécuter la manœuvre. Réalisée sans souci mais en perdant la manivelle de winch, elle nous a ensuite permis de passer les rafales à 35 nœuds et d’y faire monter la vitesse du bateau à 15 nœuds sans crainte.
J’ai laissé mes équipiers faire le gros du travail durant cette nuit agitée. Ils ont apparemment pris du plaisir à régler et à barrer manuellement constamment. Le pilote automatique semble en effet ne pas apprécier du tout les conditions qui nous étaient offertes. Je me suis juste informé régulièrement de notre situation. L’îlet Gosier quitté il y a deux semaines se découvre à nous désormais et c’est à proximité que nous affalons la grand-voile. Nous mouillons à l’îlet à Cochons qui fait face à la zone industrielle de Jarry, cœur économique de la Guadeloupe. Disons que c’est une sorte de tourisme industriel, mais ce lieu manque quand même de charme. Eh oui, je suis devenu difficile après avoir caboté dans les Grenadines !
Après quelques rangements, je laisse Anne notre cordon bleu prendre la barre direction la Marina de Pointe-à-Pitre. Reprendre de l’essence est la première chose à faire. C’est là qu’un des moteurs décide de nous lâcher. Le bateau retrouvera néanmoins sa place originelle. Puis, alors que Renaud débite dans les enceintes du cockpit que « la mer, c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans », Bip-Bip-Mat, Nico le Sage, Manu le Papa, les (presque sœurs) jumelles Sév’ et Karo, Mayou la soprano et le reste de l’équipage s’affairent au nettoyage du bateau.
C’est fini… enfin presque. Il reste à découvrir pour la majorité d’entre nous, les îles Vierges, Saba, Anguilla, Antigua, Barbuda, Saint-Kitts, Nevis et tant d’autres îles aux noms enchanteurs et si proches de nous. Bref, autant de croisières en perspective. Qu’est ce qu’on a comme chance !
Yann Le Moignic, invité du Blog de la Mer. Photo : Amandine Dumon.
NB : Yann nous livre son témoignage de jeune skipper lors d’une croisière de 15 jours entre la Guadeloupe et les Grenadines (cf. Catégories / Journal d’un skipper amateur). Pour suivre le fil du récit, lisez d’abord les notes les plus anciennes.
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