Ma femme : « ça te dirait un week-end thalasso, j’ai une offre de mon comité d’entreprise ? ». Moi : « pourquoi pas ». Ma femme : « tu seras certainement le seul homme du groupe ». Moi : « ça ne me dérange pas ». C’est ainsi qu’un vendredi soir, début octobre 2004, je me retrouve au centre thalasso du Touquet accompagné de ma femme et d’une vingtaine d’autres, toutes des quadras sans hommes. Je me sens comme un coq en pâte parmi toutes ces dames !
Fruits de mer à volonté
Nous sommes logés au Novotel qui jouxte le centre, en pension complète. Le week-end commence donc le vendredi soir par … fruits de mer et vin à volonté. Une bien bonne mise en condition avant de découvrir ce qu’il y a derrière le terme « thalassothérapie ». Je suis là sans a priori d’aucune sorte et sans appréhension sur le programme qui nous a été concocté. Je sais juste que les soins – c’est le terme usité – se déroulent sur deux demi-journées (samedi après-midi et dimanche matin).
Petit tour du propriétaire. Entre l’hôtel et le centre de thalasso, une superbe piscine avec vue imprenable sur la mer. Quelques baigneurs barbotent dans une eau de mer dont la température semble proche des 30 degrés. Dans le centre, il n’y a pas âme qui vive … dès 21 heures.
Chars à voiles sur la plage
Samedi matin : fraîcheur automnale mais un grand soleil illumine les ondulations de la mer. Un temps idéal pour un jogging d’une bonne heure sur la plage, au ras des vagues, là où le sable est le plus dur. Parcours un peu monotone car ici tout est plat ou presque. Les petites stations balnéaires approchées lors du parcours n’offrent pas, côté mer, un charme très engageant. Sur le retour, au loin sur la plage, une grosse chenille semble se mouvoir avec allant. Non, ce n’est pas un mirage mais tout simplement un tracteur qui tire un chapelet de chars à voiles d’apprentissage. L’école a pris position face au centre.
Ce n’est qu’en fin de matinée que le programme « découverte » nous est fourni. L’après-midi, pédiluve à 16 heures dans la cabine C028, jet sous marin à 17 heures (C046) et bain bouillonnant à 17 h 45 (C011). Le lendemain matin, la cabine C012 nous attend à 9 heures pour un bain hydromassant. Ensuite, aqua gym à 9 h 30 dans la piscine et, pour finir, douche à jet à 10 h 30 dans la C040. Un véritable jeu de piste en perspective.
Déjeuner pris, retour sur la plage avant le premier soin. Deux heures à combler. Par chance, une compétition de chars à voile a débuté. On dirait des cigares sur trois roulettes. Le pilote est complètement allongé dans son esquif, seule la tête casquée dépasse légèrement du cockpit. La vitesse aidant, les chars produisent de superbes gerbes d’eau lors de leurs passages dans les flaques. De temps à autre, certains jouent au trimaran en se mettant sur deux roues. Bien beau spectacle mais l’heure tourne, il faut rentrer car je suis là pour découvrir la thalasso !
Des pingouins au bain
Tenue de rigueur exigée : maillots de bain, sandales blanches en plastique, peignoir blanc et serviettes blanches en coton bouclette, bonnet pour la piscine. Tels des pingouins sur la banquise, les curistes – autre terme employé en thalasso - néophytes errent dans les couloirs du centre pour repérer leurs cabines, programme en main. L’heure, c’est l’heure. Pas question de la devancer car une « chef de cabine » contrôle les entrée tout en orientant les clients dans les bonnes directions. Premier soin : pédiluve. Quinze minutes d’un jeu de jambes pour se tremper alternativement les pieds et les mollets dans un bain à remous d’eau chaude puis d’eau froide, le tout avec vue sur la mer. Je me sens un peu con à faire cette gymnastique dont je ne vois pas trop l’intérêt. Une bonne demi-heure à attendre le prochain soin. Je comprends maintenant pourquoi les habituées – au féminin car au moins 90 % des curistes sont des femmes - déambulent avec un petit sac en bandoulière. C’est la cache du bouquin que l’on peut lire entre chaque soin, tranquillement sur une chaise toilée, face à la mer, tout en se désaltérant d’un verre d’eau fraîche.
Tonicité et mollesse
La suite : jet sous marin à défaut de « Vingt milles lieux sous les mers » ! Ici, la cabine C046 renferme une petite piscine avec des barres fixées sur les côtés. La séance, collective avec une petite dizaine de curistes, est animée par une GO comme au Club. Tout le monde dos au mur de la piscine, chacune se tenant aux barres. Broum, un jet violent sort de la paroi et vient vous fouetter le dos, d’où l’utilité des barres de préhension pour ne pas être projeté au milieu du bassin. S’ensuivent, pendant une bonne vingtaine de minutes, une série de mouvements à réaliser pour être bien fouetté de partout ou presque. On en ressort revigoré. Pas encore une nouvelle jeunesse, mais presque ! Soin suivant, bain bouillonnant … dans une baignoire en plastique avec des gros robinets. C’est un bain à fines bulles pendant une dizaine de minutes. Autant le précédent était revigorant, autant celui-ci est ramollissant. Seul dans une cabine fermée, je m’endormirais presque s’il n’y avait le clapotis des bulles. Fin de cette première séance de thalasso. Une bonne douche s’impose pour vous décrasser de tout ce sel qui s’est inscruté sur la peau. Au dîner, les commentaires vont bon train. Chacun, plutôt chacune y va de son commentaire sur ce qu’elle a adoré, aimé ou détesté. Manifestement la gente féminine préfère les soins plutôt softs, notamment les bains.
Du bain à la gym aquatique
Dimanche. A peine le petit déjeuner pris, saut dans la baignoire – toujours en plastique – pour le bain hydromassant. C’est un peu comme la veille à la différence près que l’intensité des jets est variable et que ceux-ci vous parcourent le corps, des chevilles à la la nuque par étapes successives. Ce n’est pas désagréable mais l’eau est trop chaude à mon goût. Je suffoque. Je me sens vraiment libéré quand la machine s’arrête au bout d’une quinzaine de minutes. Les femmes prennent ce bain en tenue d’Eve. Je n’ai pas eu ce plaisir – si c’est un plaisir – car la chef de cabine n’a pas osé me le demander ! A peine sorti, direction la piscine pour la séance collective d’aquagym. Je suis le seul homme parmi une vingtaine de dames pour faire … de la gym dans de l’eau de mer tiède. La séance est animée par un gentil maître nageur. Durée prévue : une demi-heure environ. Au bout de 10 minutes, je sors car je ne me sens pas à ma place. Gesticuler – pardon, faire des mouvements de gymnastique – ne me convient pas. Pendant que la séance se termine, je me prélasse sur un transat derrière l’immense baie vitrée, toujours avec vue sur la mer. Tiens, la grosse chenille d’hier revient. De près, elle ressemble plus à une cane et ses canetons.
Karcher à l’eau de mer
Dernier soin du week end, la douche à jet. La chef de cabine, souriante comme une porte de prison, m’introduit dans la C040. Surprise, il n’y pas de douche ! La pièce est longue d’au moins 5 mètres mais peu large. La chef me demande de me placer au fond de la pièce et de me tenir face à elle. A ce moment elle saisit ce qu’il me paraît être une lance à incendie ! Effectivement, un jet puissant d’eau de mer sort de l’embout et vient me frapper violemment l’épaule gauche. Ensuite l’épaule droite, le thorax et le jet commence à descendre. Je commence à m’inquiéter de la suite. Non, je n’aurai pas besoin d’adopter le réflexe du petit garçon qui a envie de faire pipi ! Le geste de la chef est millimétré. Les faces avant des jambes fouettées, un quart de tour et le jet poursuit son travail, de haut en bas, et ainsi de suite. Retour à la position initiale au bout de 10 minutes et la séance s’achève. Je ressors de là un peu sonné tout en étant très revigoré. En fait, c’est le soin que j’ai préféré. Un de mes amis appelle ça de la karchérisation !
Ca ne fait pas de mal
Le week-end « découverte » tire à sa fin. Il m’a mis en appétit pour la quinzaine d’autres soins proposés par le centre mais cela reste cher. Au moment de le quitter, trois questions me taraudent l’esprit. Que font-ils de toute cette eau chaude ? Comment la traitent-ils alors qu’elle ne sent pas le chlore ? Comment se prémunissent-ils de la légionellose sachant que le contexte chaud et humide est a priori favorable à son développement ?
A défaut de faire du bien, un tel week-end ne fait pas de mal. On ressent les bienfaits pendant quelques jours puis cela s’estompe. Dommage qu’il ne soit pas possible de passer chaque week-end en thalasso et découvrir ainsi tout le littoral français. Rêvons !
Yann Saint Caradec, le Blog de la Mer
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Rédigé par : amice | 15/07/2008 à 18:06