Le 5 juillet 2002, j’embarque pour la première fois de ma vie sur un voilier. La navigation durera dix jours. Avant de partir, je ne sais pas si je serai sujet au mal de mer ni si je supporterai la promiscuité. J’affronte l’inconnu sans appréhension. Par touches successives, ce témoignage en 16 épisodes relate la vie quotidienne sur le Belem, son organisation et les petits à-côtés qui pimentent la traversée. Aujourd’hui, 15ème épisode : compétition de vitesse entre quarts de nuit.
Durant toute une journée, la mer est devenue forte. La gîte et le roulis sont alors prononcés. La station debout n’est plus évidente de prime abord. Les conditions obligent à adopter une attitude de balancement opposée à celle du navire pour atteindre un état d’équilibre. État précaire si l’on n’anticipe pas suffisamment l’alternance des mouvements du navire. En fin de journée, le vent forcit. La nuit sera très agitée. Nous sommes comme des rouleaux à pâtisserie dans nos couchettes. Seule la position en chien de fusil permet une stabilité toute relative.
Les quarts de nuit se seront donnés à cœur joie pour tirer sur la bête et créer l’émulation. Le 0-4 atteint une moyenne de 10 nœuds, ce qui est déjà beaucoup pour le Belem qui n’est pas très véloce depuis qu’il traîne des hélices. Le 4-8 relève le défi et gagne avec une vitesse de 11 nœuds. Record battu ! Les conditions de navigation au cours de cette traversée auront été variées. De belle à mer forte, sous un ciel lumineux à couvert, voire pluvieux, avec vent faible à fort. De tous les stages de cette odyssée atlantique, celui effectué est l’un des plus faste. Les 1 200 milles ont été parcourus en 215 heures, soit une moyenne de 5,5 nœuds dont plus des deux tiers sous voile. Que du bonheur !
Yann Saint Caradec, le Blog de la Mer.
Demain, 16ème et dernier épisode : retour sur le plancher des vaches.
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