Le 5 juillet 2002, j’embarque pour la première fois de ma vie sur un voilier. La navigation durera dix jours. Avant de partir, je ne sais pas si je serai sujet au mal de mer ni si je supporterai la promiscuité. J’affronte l’inconnu sans appréhension. Par touches successives, ce témoignage en 16 épisodes relate la vie quotidienne sur le Belem, son organisation et les petits à-côtés qui pimentent la traversée. Aujourd’hui, 8ème épisode : la tournée des cabillauds avant la manoeuvre.
Que de cordes sur le Belem, pardon … de bouts. La seule corde (pouvant être appelée ainsi) sur un navire est celle de la cloche. Leur présentation est assurée lors de la traditionnelle tournée des cabillauds (point de fixation des extrémités des bouts) quelques heures après l’embarquement. Le Belem dispose de pas moins de 4,5 km de bouts ! Chacun, selon sa fonction, a un nom particulier : drisse, cargue, bouline, écoute, …. Difficile de retenir toute cette terminologie sauf à y passer du temps pour l’assimiler. Question d’intérêt.
Toutes les extrémités de ces bouts sont parfaitement lovées (enroulées) et accrochées sur des cabillauds, d’où elles pendent dans l’attente d’une future manœuvre. Le rangement est un art cardinal sur un bateau car il faut penser à la situation qui impose une réaction rapide. Pas question que les bouts s’entremêlent les uns aux autres et fassent des nœuds dans une situation d’urgence. Hisser, carguer, brasser, … nous voilà à la manœuvre sur les consignes d’un matelot, lui-même sous les ordres du Commandant ou du second. Le vent change de direction, la mer se forme ou un grain se prépare, un changement de cap est programmé, il faut adapter l’allure à la situation. Tous sur le pont pour hisser ou affaler les voiles, les régler, ou brasser les vergues (les faire pivoter autour du mât). Ici, la force des biceps s’impose, c’est la marine à l’ancienne … sans winch. Vingt et une voiles d’une surface de 1 200 m2, ça exige de l’énergie pour les manipuler. Nous sommes une bonne trentaine à la manœuvre et ce n’est pas de tout repos, loin s’en faut. Dire qu’à son époque commerciale, le Belem ne pouvait compter que sur ses 13 hommes d’équipage pour réaliser un tel travail. Cela force l’admiration.
Yann Saint Caradec, le Blog de la Mer.
Demain, 9ème épisode : tout là-haut sur le cacatois.
bonjour: je suis un retraite marin chef de quart ayant passer 27.5 ans de service .je suis tres heureux de votre blog et votre commzntaire qui m'a fait retourner en arriere de 40ans des souvenirs innoubliables et merci votre confrere......
Rédigé par : bouzekri el makaoui | 20/10/2007 à 20:03