Le 5 juillet 2002, j’embarque pour la première fois de ma vie sur un voilier. La navigation durera dix jours. Avant de partir, je ne sais pas si je serai sujet au mal de mer ni si je supporterai la promiscuité. J’affronte l’inconnu sans appréhension. Par touches successives, ce témoignage en 16 épisodes relate la vie quotidienne sur le Belem, son organisation et les petits à-côtés qui pimentent la traversée. Aujourd’hui, 9ème épisode : tout là-haut sur le cacatois.
Naviguer sur un trois-mâts sans monter dans les vergues générerait une énorme frustration. L’équipage du Belem nous fera ce plaisir de pouvoir grimper tout là-haut, à une trentaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Un grand moment, intense en émotion.
Parfaitement harnachés, nous entamons l’ascension par petits groupes, encadrés par les matelots dans leur rôle de gabier. La première échelle est rigide, c’est celle des haubans. Ensuite vient l’échelle de corde. Elle n’est pas très stable mais sa largeur permet un bon positionnement du pied. Arrivés au niveau de la première vergue, il faut s’extraire de l’échelle. Pas question de lâcher prise car ce serait la chute. Hop, vite fait, on s’attache au filin d’acier qui longe la vergue. La tension baisse d’un coup. Maintenant, le petit groupe s’étale sur toute la largeur de la vergue en se déplaçant sur un autre filin. Je suis à l’extrémité, au-dessus de l’eau. C’est superbe. Nous profitons de notre présence pour ferler la grand voile (confectionner des plis) avant de la rabanter (la fixer à la vergue avec des petites cordelettes). Le travail achevé, direction la vergue du hunier fixe, 4-5 mètres plus haut. Instant délicat entre les moments où il faut se désolidariser de la vergue et s’agripper à l’échelle. L’ascension redémarre jusqu’au nid d’aigle (plateforme d’observation) qui se situe avant la vergue suivante. A ce niveau, l’échelle est en dévers ! Malgré la difficulté apparente, les explications du gabier permettront un franchissement de l’obstacle plus facilement que prévu. Parvenus à cette vergue, le spectacle est encore plus beau car nous avons pris de la hauteur (10 mètres au-dessus de la mer). Les stagiaires présents sur le pont commencent à rapetisser. La contemplation sera de courte durée car un grain est annoncé. Il faut immédiatement redescendre. Dommage. Le grain annoncé n’arrivera pas ! Même si c’est rageant, tout un chacun comprend que l’équipage soit sourcilleux sur les conditions de sécurité des stagiaires. C’est à leur honneur. Quelques jours plus tard, nouvelle séance de grimpée dans la mature. Cette fois-ci, nous atteindrons la vergue la plus haute, le cacatois. L’ascension dans sa phase finale n’est pas facile. L’échelle de corde se réduit au fur et à mesure de l’ascension. Il y a juste la largeur pour y mettre le pied. Le deuxième nid d’aigle sera franchi avec un peu plus d’adrénaline que le premier. Effet de la hauteur sans doute. Mais arrivés tout là-haut, le spectacle est magnifique. Les sensations sont fortes, surtout à l’extrémité de la vergue. On aimerait y rester des heures tant l’on se sent léger comme l’air, tant la vue est grandiose ...
Yann Saint Caradec, le Blog de la Mer.
Demain, 10ème épisode : un petit point au milieu d’un cercle d’eau.
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