Le 5 juillet 2002, j’embarque pour la première fois de ma vie sur un voilier. La navigation durera dix jours. Avant de partir, je ne sais pas si je serai sujet au mal de mer ni si je supporterai la promiscuité. J’affronte l’inconnu sans appréhension. Par touches successives, ce témoignage en 16 épisodes relate la vie quotidienne sur le Belem, son organisation et les petits à-côtés qui pimentent la traversée. Aujourd’hui, 11ème épisode : lucioles et voûte céleste.
Bien que fatigant, le « 0-4 » est le quart qui procure les plus belles sensations. Au milieu de la nuit, avec pour seules lumières celle (tamisée) de la timonerie et celle des feux de position, tout est différent : l’espace, les relations humaines, la perception des mouvements et des bruits, la vie de la mer et celle du ciel.
Une dizaine de personnes s’approprient le navire pendant ce quart de nuit. Ce sentiment de « possession » instille un esprit de connivence et de responsabilité entre les stagiaires, et entre eux et les matelots. C’est le moment propice à la discussion qui relève plus de la philosophie que des propos de comptoir. Des instants où l’on porte un autre regard sur l’existence …
La nuit, c’est l’apparition des formes fugaces. Des ombres qui se déplacent furtivement sur le pont, qui disparaissent pour mieux réapparaître, toujours dans un flou à la Hamilton. Les mouvements du bateau apparaissent eux-mêmes syncopés.
A l’opposé, les bruits perçus la nuit sont plus francs que de jour. Le vent dans les voiles, leurs froissements, l’affrontement entre le bateau et la mer se font entendre distinctement. Le son de la vague d’étrave devient net avec une pointe de violence. Le bruit du frottement de l’eau sur la coque est clair et régulier avec quelques variations d’amplitude selon l’intensité de la houle ou la force des vagues.
Certains soirs, le son se marie avec la lumière, dans l’eau et dans le ciel. Dans l’eau avec la présence de lucioles visibles dans le sillage et le long de la coque. L’eau est en feu, c’est magique ! Un phénomène qui est dû à la présence de plancton phosphorescent. Magique est également le ciel étoilé. La voûte céleste embrasse les vergues du Belem de ses milliers d’étoiles. Celles-ci forment un arc-en-ciel lumineux pour la plus grande joie des férus d’astronomie.
Et quand parvient de la timonerie le son de la « Mer » de Debussy ou les valses viennoises de Strauss, alors là, le bonheur suprême est à vos pieds !
Yann Saint Caradec, le Blog de la Mer.
Demain, 12ème épisode : microcosme de la société française sur le Belem.
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