Le 5 juillet 2002, j’embarque pour la première fois de ma vie sur un voilier. La navigation durera dix jours. Avant de partir, je ne sais pas si je serai sujet au mal de mer ni si je supporterai la promiscuité. J’affronte l’inconnu sans appréhension. Par touches successives, ce témoignage en 16 épisodes relate la vie quotidienne sur le Belem, son organisation et les petits à-côtés qui pimentent la traversée. Aujourd’hui, 12ème épisode : microcosme de la société française sur le Belem.
Le plus jeune des stagiaires a 14 ans, il est accompagné de son papa. Le plus vieux, du haut de ses 73 ans, a bon pied, bon œil ; ce n’est pas la première fois qu’il navigue sur un trois-mâts. L’âge moyen se situe dans la fourchette 40-50 ans. Les femmes sont au nombre d’une dizaine, soit le tiers de l’effectif.
La grande majorité des stagiaires découvre le Belem et la navigation à l’ancienne pour la première fois. Une petite moitié appartient à la famille des « voileux », les adeptes de la plaisance. Quelques irréductibles du Belem affichent déjà plusieurs stages à leurs passeports. Jusqu’à une bonne dizaine pour l’une d’entre elle qui passe dorénavant ses vacances d’été sur le Belem depuis qu’elle l’a découvert. Les groupies du Belem forment, de fait, un petit groupe à part qui vit en symbiose avec les matelots. A tel point, que l’un d’entre eux est souvent pris pour un membre de l’équipage. Il faut dire qu’il a le look de l’emploi ! Sur le plan sociologique, les stagiaires constituent une petite France avec un léger prisme déformant. Toutes les strates de la population sont représentées, du cheminot à la retraite au pilote d’Airbus en passant par la chômeuse, le toubib et les cadres moyens et supérieurs. Ces derniers constituent le lot majoritaire.
Cinquante cinq personnes (stagiaires et membres d’équipage) sur un espace non extensible (58 mètres de long pour 8 mètres de large) et sans échappatoire pendant 10 jours, qu’est-ce que cela donne ? Une alchimie étonnante où la sérénité prime sans limer, pour autant, les personnalités. Les contemplatifs, postés au pied du beaupré (à l’avant du navire), ont la mer pour horizon. Ce sont les moins causants. Les rêveurs ont la tête dans les voiles et les étoiles. Les participatifs sont toujours prêts pour les manœuvres, les rôles de quart et d’entretien. Ce sont souvent les plus sociables. Les « absents » passent plus de temps dans le faux-pont (couchettes) que dessus. Pourquoi sont-ils venus ? Mystère. Reste les voileux qui ont une fâcheuse tendance à s’approprier la barre et à la conserver. Cette diversité de comportement ne génère pas de tension, du moins en apparence. Chacun a l’intelligence d’accepter son voisin tel qu’il est, avec bonne humeur et un brin d’humilité.
Yann Saint Caradec, le Blog de la Mer.
Demain, 13ème épisode : Paris Plage dans l’attente de la sortie en Zodiac.
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